Hier soir, le deuxième plateau du Main Square proposait aux festivaliers de se partager un gros gâteau musical qui tranchait sérieusement avec la soirée électro de la veille. Même Mika (la cerise dessus c'était lui !) n'a pas boudé sa part. Plus qu'un régal, un festin !
PAR ROMAIN MUSART
rmusart@lavoixdunord.fr PHOTO SAMI BELLOUMI
Que de monde ! Hier, encore plus de monde que la veille nappait la Grand-Place d'Arras. Après la grisaille matinale et la saucée à l'heure du déjeuner, les pavés ont vite retrouvé leurs couleurs, et leurs saveurs. Assaisonnés d'abord par l'odd pop intelligemment distillée des Hoosiers, chauffés ensuite par le rock enfiévré de Panic at the disco et la mélancolie ardente des BB Brunes, saupoudrés enfin des mélodies façon Kooks (mention spéciale au passage à ces Anglais dont la générosité a su garder le public au chaud malgré la violente averse !).
Mais le gros morceau, même si on ne pouvait y goûter qu'une petite heure, c'était bien Mika. Lui qui a croqué ce festival 2008 à pleines dents. Lui dont chaque prestation scénique a le goût des bons vieux goûters d'anniversaire : ultra-coloré, délirant et dégoulinant d'excentricité. Confettis et ballons de baudruche en prime... la crème quoi !
Logique quand on sait que l'artiste, dont le premier disque, Life in Cartoon Motion, s'est vendu à plus de cinq millions d'exemplaires dans le monde, est une pièce ! Pas montée. Mieux, rehaussée d'un talent écoeurant. Comme tout droit sorti d'un cartoon, ce jeune homme de 25 ans - quand bien même son extravagance et son exubérance surprennent -, sait ne jamais être too much. Le physique et la voix élastique, il a suffi d'un morceau pour marquer les annales du jeune Main Square. Véritable suprise-party, le concert de Mika a la saveur de l'insouciance, l'énergie infatigable de la jeunesse, le goût acidulé des bonbons de notre enfance. Bonjour gaieté !
Plantez d'abord un décor de cirque pour habiller la scène. Prenez ensuite les intonations d'Elton John, de Freddy Mercury, de Jimmy Sommerville et de Robbie Williams et secouez le tout. Ajoutez-y des talents de vocaliste hors pair, un goût prononcé pour le jeu avec le public et la spontanéité toute naturelle d'un artiste taillé pour la scène : vous obtiendrez le cocktail du jour. Une miction rose bonbon à vous foudroyer une sinistrose aiguë, et bue hier soir jusqu'à la lie ! Quand on vous dit que c'était la crème de la crème ! De la crème en tubes même (« Grace Kelly », « Love Today », « Relax », « Big girls »...), à s'en badigeonner tous les membres du corps après la pluie... Alors qui pour détrôner le jeune prince de la pop ? Seul phénomène capable, tee-shirt queue pie sur le dos, jean à paillettes et à plumes sur les jambes, de vous faire danser avec des peluches empruntées à un spectacle de Chantal Goya ? Kitsch, psyché et disco, la ménagerie de Mika se nourrit de notre imaginaire d'enfant, animée par une énergie rageuse. De quoi repaître les plus ogres des festivaliers.